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Accord UEFA-ECA : Nasser al-Khelaïfi a tout gagné

Ce jeudi, le syndicat des clubs, l’ECA, a annoncé un accord passé avec l’UEFA, TEAM Marketing et Relevent Sports Group sur les droits commerciaux des compétitions européennes. À tous les niveaux, il semble historique avec des revenus en forte hausse et surtout un pouvoir décisionnaire offert aux clubs. C’est une victoire de Nasser al-Khelaïfi, président du PSG, qui après avoir rejeté le projet de Superligue semble s’être imposé comme le principal intermédiaire avec l’instance européenne.

Au total, les revenus devraient croître de 40%, si l’on en croit les projections de l’ECA, qui a annoncé en grande pompe un nouveau contrat passé par l’UEFA sur les droits commerciaux des compétitions européennes. Alors qu’actuellement estimés à 3,6 milliards d’euros, entre les recettes de la Ligue des champions, de la Ligue Europa et de la Ligue Europa Conférence, ces recettes vont passer à cinq milliards d’euros par an, soit quinze milliards au total, à partir de 2024 et ce jusqu’en 2027. C’est une grande victoire pour Nasser al-Khelaïfi qui, en plus de présider le Paris Saint-Germain, dirige l’ECA depuis avril 2021, après la fronde de douze clubs dissidents pour une Superligue européenne. À l’époque, Paris s’était clairement positionné, avec le Bayern Munich, en faveur de l’UEFA et avait rejeté cette sécession. La stratégie avait d’ailleurs étonné en coulisses, puisque les rumeurs de compétitions privées étaient connues depuis de longue date et Paris avait toujours semblé intéressé par un tel projet. En novembre 2018, lors des révélations des
Football Leaks, le PSG était même apparu comme un membre fondateur d’un projet de Superligue. Et puis finalement, non. Au moment de se lancer, Paris a reculé et a préféré se maintenir au côté de l’UEFA.

Le gros coup de Nasser al-Khelaïfi

Et si finalement, à travers cette stratégie, le PSG et Nasser al-Khelaïfi avaient tout gagné, tout raflé ? Comme aux courses hippiques, le président qatari a observé, jaugé, réfléchi et finalement misé sur le bon cheval. En plus d’avoir conservé intacte sa réputation, il est devenu président du syndicat européen des clubs, regroupant 247 équipes, et a pu avancer ses pions. Grâce à une nouvelle amitié trouvée avec l’UEFA et Aleksander Čeferin, les mêmes qui avaient sanctionné deux fois le PSG pour non-respect du fair-play financier, al-Khelaïfi a obtenu ce que les gros clubs n’avaient jamais obtenu jusqu’ici : un pouvoir décisionnaire au sein du conseil des sages de l’instance européenne. Il faut revenir un peu en arrière pour comprendre ce bouleversement.



Depuis leurs créations, les compétitions européennes, de la Ligue des champions à la Ligue Europa, sont intégralement gérées par l’UEFA qui négocie et récolte les droits commerciaux, constitués des droits de retransmission et des droits marketing, et ensuite les redistribue, en fonction de règles fixées en amont, aux clubs participants. Dans la fin des années 1990, une révolte avait émergé, où une petite dizaine d’équipes, menée par Silvio Berlusconi de l’AC Milan, avait exigé de modifier le protocole de redistribution voire carrément la négoce de ces droits commerciaux. Ils avaient illustré leur menace par la création d’une Superligue européenne. Et l’UEFA avait finalement reculé en acceptant les premières demandes. Puis, de façon continue, ces mêmes négociations et les mêmes discussions ont eu lieu à chaque fois entre les clubs et l’instance européenne. Pour résumer, c’était « donnez-nous plus ou nous partons » . Et année après année, le partage n’a cessé de croître en faveur des puissants, tout en assurant la gestion des droits commerciaux à l’UEFA.

La Superligue de 2021 a accéléré les choses

Dernier épisode en date en avril 2021, en pleine période de Covid-19 et de crise économique. À ce moment, tous les clubs alertent d’un risque de défaut de paiement, d’un écroulement du système. L’ECA communique alors sur des pertes supérieures à six milliards d’euros pour tout le football européen et souhaite du changement, du très gros changement. Certains dirigeants, dont Andrea Agnelli, de la Juventus, s’étonnent même que les droits commerciaux de la Ligue des champions soient si faibles (moins de 2,5 milliards d’euros) alors que la NFL, le championnat nord-américain de foot US, se négocie à six milliards d’euros par an.

Le 14 avril 2021, une réunion par zoom a lieu entre l’UEFA et la plupart des dirigeants des gros clubs européens, les Espagnols, les Anglais, les Allemands, les Italiens. La demande est simple et est posée par le représentant de Manchester City. Ce dernier, comme l’ont révélé des articles du Times, s’étonne que la compétition la plus prestigieuse du sport le plus populaire du monde rapporte si peu. L’UEFA ferait mal son travail et devrait laisser, encore plus en période de crise, les clubs s’occuper de la gestion commerciale. Refus de l’UEFA, l’ultimatum est donné par les clubs : « Nous partons. » C’est ce qu’ils ont fait dans la semaine, puisque dès le dimanche suivant, la Superligue est annoncée.

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Le président du PSG en action dans l’ombre

Sauf que pendant ce temps-là, Nasser al-Khelaïfi maintient une relation avec l’instance européenne et rejette le projet de Superligue. Par ce choix, il réussit à être élu à la tête de l’ECA, après la démission d’Andrea Agnelli, et commence calmement et posément à travailler sur une nouvelle stratégie. Plutôt que d’aller à l’affrontement, il préfère le dialogue. L’UEFA a frôlé la sécession et sait très bien que le projet est encore en stand-by avant la décision de la Cour de Justice de l’Union européenne sur le monopole des organisations sportives. Il faut s’éviter une nouvelle fronde. Il faut trouver une solution pour que les équipes restent dans le giron et ne partent pas. C’est par la gouvernance et la finance que ça va se jouer.

En gros, trouver plus d’argent tout en faisant passer la pilule aux clubs. Grâce à un accord gagnant-gagnant entre l’ECA et l’UEFA : à partir de 2024, une nouvelle Ligue des champions va émerger, avec plus de participants, donc plus de matchs, plus de revenus à redistribuer mais aussi, et surtout, un pouvoir décisionnaire historique accordé aux clubs. Dorénavant, ils participeront aux tractations. Nasser al-Khelaïfi a tout gagné. Il a renforcé sa réputation, son champ d’influence et, en quelques mois, a obtenu ce que les frondeurs avaient toujours exigé : un rôle réel lors des négociations commerciales. Les équipes auront un droit de regard sur les contrats. Pour le président du PSG, « cela représente un changement tectonique dans le rôle que les clubs jouent désormais » . Maintenant, ils ont la main.

Par Pierre Rondeau

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